Une médiathèque ou une association qui lance un atelier de peinture bute vite sur la même question au moment de passer la première commande : faut-il investir dans des toiles de lin, réputées pour leur tenue, ou s’en tenir au coton ? Le choix pèse sur le budget de la saison, mais aussi sur l’organisation des séances, sur le rangement entre deux rendez-vous et sur le plaisir des participants. Les deux supports ont leurs arguments. Encore faut-il les confronter aux besoins réels d’un groupe, et non à l’image que l’on se fait d’un atelier d’artiste.
Ce que le lin apporte, et à qui
Le lin est tiré de la fibre de la plante du même nom. Ses fibres longues et résistantes en ont fait, pendant longtemps, le support de référence de la peinture à l’huile, et il garde ce prestige. Sa trame, moins régulière que celle du coton, donne à la surface un caractère que certains peintres recherchent précisément. Pour un atelier de perfectionnement, avec des adultes qui pratiquent l’huile depuis des années et mènent un même tableau sur plusieurs séances, le lin a toute sa place.
Pour un groupe de débutants, en revanche, ces qualités se voient peu. Un participant qui découvre le mélange des couleurs ne tirera pas parti d’un grain de lin fin, et l’écart de coût se fait sentir dès qu’il faut équiper une quinzaine de personnes sur toute une saison.
Pourquoi le coton convient à la plupart des groupes
Le coton est plus économique, et sa trame, souvent plus régulière, réserve peu de surprises sous le pinceau. Chacun travaille dans les mêmes conditions, ce qui simplifie les conseils de l’animateur : une remarque faite à un participant vaut pour la table entière. Vendu en châssis entoilé prêt à peindre, avec une enduction universelle, il accepte l’acrylique comme l’huile, ce qui laisse la porte ouverte si le groupe change de technique en cours d’année.
Pour comparer les offres, trois éléments suffisent : la régularité de l’enduction, le grammage en g/m², qui renseigne sur la densité du tissu, et l’étendue des formats proposés. À titre d’exemple, les toiles coton de Label Toile vont du petit au grand format, avec une possibilité de sur-mesure et un montage aux semences ou agrafé au dos. Le montage agrafé au dos a un avantage pour un atelier ouvert au public : les tranches restent nettes et les toiles peuvent être exposées sans cadre à la fin de la saison.
Acrylique ou huile, l’autre moitié du choix
Le choix du tissu ne se fait pas sans celui de la peinture. L’huile appliquée sur une toile non préparée attaque les fibres ; une toile vendue enduite règle ce problème, mais l’huile impose d’autres contraintes à un groupe. Une couche peut mettre plusieurs jours à sécher au toucher, les solvants de nettoyage demandent une pièce bien aérée, et les pinceaux doivent être nettoyés avec soin avant de quitter la salle. Les huiles diluables à l’eau allègent une partie de ces contraintes, sans supprimer la question du séchage.
Dans une salle polyvalente qui accueille d’autres activités le lendemain, l’acrylique, qui se nettoie à l’eau et sèche vite, s’accorde mieux avec la vie du lieu. Et pour des débutants à l’acrylique, l’argument du lin pèse encore moins.
Des formats communs, plus faciles à ranger
Le format se décide pour le groupe, pas toile par toile. Les châssis français suivent une grille normalisée en trois familles, Figure (F), Paysage (P) et Marine (M), avec des numéros qui vont de 0 à 120. À numéro égal, le grand côté est identique et le petit côté diminue de F à M. Retenir deux ou trois numéros pour toute la saison change le quotidien : les toiles se rangent côte à côte dans les mêmes casiers, les consignes valent pour tout le monde, et les réassorts se font sans erreur. Les noms des familles parlent d’eux-mêmes aux participants : la Figure, plus trapue, accueille volontiers un portrait, la Marine, plus étirée, un horizon.
Une répartition simple : un petit format pour les exercices de début de séance, mélanges, dégradés, études rapides ; un format moyen pour le projet principal ; un ou deux grands formats réservés aux réalisations collectives, qui pourront ensuite être exposées dans le hall ou la salle de lecture.
Le rangement, lui, se prévoit au moment de la commande, pas à la fin de la première séance. Entre deux rendez-vous, les toiles doivent sécher et attendre sans se toucher. Rangez-les debout, sur la tranche, dans un casier à séparations ou entre des cartons glissés comme intercalaires, jamais à plat les unes sur les autres : le poids d’une pile suffit à marquer une toile par le dos. Si le groupe peint à l’huile, prévoyez un séchoir ou un emplacement où les toiles restent face à l’air le temps du séchage. Et inscrivez au dos de chaque toile, au crayon, le nom du participant avant même le premier coup de pinceau.
Tenir le budget sans rogner sur les séances
Le budget d’un atelier se joue moins sur le prix d’une toile que sur ce qui se perd en route. Réservez le lin aux participants avancés qui le demandent et équipez le reste du groupe en coton. Commandez les petits formats d’exercice en quantité, les grands au compte-gouttes. Achetez l’acrylique en grands conditionnements, en général moins chers au volume que les petits tubes, et répartissez-la dans des pots refermables. Quant aux pinceaux, ils durent bien plus longtemps lorsqu’ils sont rincés dès la fin de la séance : un pinceau oublié avec de l’acrylique sèche est presque toujours perdu.
Avant de passer une grosse commande, faites tester quelques toiles au groupe lors d’une séance d’essai. Les participants diront vite si la surface leur convient, et vous verrez quels formats ils prennent vraiment, ce qui vaut mieux qu’une estimation faite sur le papier. Gardez aussi une petite réserve de toiles pour les nouveaux venus : un participant qui arrive en cours d’année et doit attendre la commande suivante risque de se décourager avant d’avoir peint quoi que ce soit.
